Weekends entre passionnés

Le partage : vers un nouveau modèle économique et social ?

Le partage a le vent en poupe. Il se développe de plus en plus dans tous les domaines : mobilité, hébergement, tourisme, loisirs, services, éducation, bricolage….Ce mouvement s’est accéléré ces dernières années avec les plateformes numériques qui ont su sécuriser, codifier, faciliter et généraliser ce type de pratiques. Ainsi, tout un ensemble d’acteurs, qui sont aussi des entreprises qui créent de la valeur, de l’activité économique et de l’emploi ,ont vu le jour. Citons parmi les plus connus Blablacar pour le covoiturage,  Guesttoguest pour l’échange de maison, ou encore Couchsurfing pour les réseaux d’hospitalité.Le développement de ces usages est désormais très rapide et dessine dores et déjà un nouveau modèle économique est social.

Le partage redessine la relation entre les citoyens et récrée du lien social

L’économie de partage s’est généralisée à l’ensemble des pratiques consistant à mutualiser des biens, des ressources, et à se les échanger entre particuliers de façon gratuite ou payante. Ceci a fait par exemple le succès d’Airbnb , avec également toutes les conséquences que l’on connaît dans la marchandisation à outrance.

Mais , au sein de l’économie de partage, de vraies pratiques de partage subsistent et continuent à se développer. Alors pourquoi échanger sa maison plutôt que de la louer ? Pourquoi se contenter de partager des frais de déplacement plutôt que de facturer un service de transport ?

En réalité, une des motivations essentielles, et peut-être principales des adeptes du partage, est tout simplement de rendre service et d’échapper à une relation mercantile. Pourquoi échanger sa maison alors qu’on pourrait la louer 1.000 € par semaine ? Pour la confier à des personnes bienveillantes, qui en prendront soin comme de la leur ( car la leur est elle-même occupée par d’autres vacanciers). Pour faire une place à ses invités sans pour autant vider tous ses placards et refaire une déco tendance et formatée Airbnb. Et également pour avoir vraiment le sentiment d’accueillir chez soi, au milieu de ses objets personnels et de ses photos de famille, et de partager des tranches de vie, ses bons plans et ses bonnes adresses.

Le partage est un levier fort d’ouverture aux autres

Pourquoi les réseaux d’hospitalité rassemblent-ils plus de 15 millions de membres sur la planète ? Pour rencontrer d’autres personnes, d’autres cultures. Pour accueillir chez soi , donner de son temps , faire visiter sa ville avec son regard d’habitant comme le font les Greeters ou les membres de My weekend for you.

Quant au covoiturage, la valeur du service rendu est bien supérieure au prix demandé. Alors quel intérêt ? La rencontre éphémère, l’idée de réellement partager la place que l’on a dans sa voiture. L’envie de contribuer à limiter le trafic automobile et donc la pollution, les embouteillages, les problèmes de stationnement.

Le partage permet bien deux choses fondamentales : rendre service et s’ouvrir aux autres, à l’inconnu , en propageant cette conviction tant malmenée par les médias que nos semblables sont dans leur immense majorité des gens bienveillants.

Lorsque le réseau d’hospitalité Servas a été lancé après la seconde guerre mondiale, c’était dans l’idée de rapprocher les gens et de favoriser l’amitié entre les peuples. Quoi de mieux que d’aller à la rencontre des autres pour mieux les connaître et faciliter le lien social ? Mais depuis, le développement du tourisme de masse à créé un phénomène de consommation touristique : les touristes se contentent souvent d’aller de l’aéroport à l’hôtel puis au point photo ,sans jamais aucun contact avec l’habitant, en dehors des professionnels du tourisme. De plus en plus de personnes aspirent désormais à échapper à cette vague consumériste en retrouvant authenticité et rencontres avec l’habitant.

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Le partage prépare en réalité une nouvelle forme de révolution industrielle: celle de la sortie du modèle basé sur la consommation individuelle à outrance.

Examinons de près ce qui se passe aujourd’hui avec le covoiturage. Startup du début des années 2000, Blablacar rassemble aujourd’hui plus de 15 millions d’utilisateurs en France, soit environ 1 adulte sur 3. Les pratiques chez les jeunes ont profondément changé: passer son permis de conduire devient moins urgent, posséder une automobile peut attendre car on a pris l’habitude de se déplacer autrement.

Imaginons un instant que le phénomène continue à se généraliser et que les progrès technologiques permettent rapidement de proposer une granularité très fine. Autrement dit, pour être précis, qu’une application mobile vous permette à tout instant  de vous signaler ( géolocalisation), d’indiquer une destination souhaitée, et de recevoir en temps réel une proposition de parcours, avec un temps et un prix pouvant faire appel à une combinaison de solutions . Par exemple : je souhaite me rendre Place de la République à Paris depuis mon village de Villeneuve Le Comte en Seine-et- Marne : un automobiliste peut me récupérer dans 2 minutes à l’arrêt de bus à côté de chez moi et me déposer dans 30 minutes devant la station de métro qui me mènera à destination 9 minutes plus tard.

Ce temps est très proche.

Quand la pratique du covoiturage et de l’autopartage sera généralisée, l’impact économique va être énorme.

La vente de voitures neuves  en volume va chuter en France ( que les constructeurs se rassurent, il reste des centaines de millions de personnes à équiper dans le monde, et la demande en France s’orientera vers des véhicules de plus en plus innovants,propres, confortables , avec de la technologie embarquée). Souvenons nous qu’aujourd’hui les 36 millions de véhicules en France servent en moyenne une heure par jour.

Le budget automobile des ménages va chuter, libérant du pouvoir d’achat pour d’autres dépenses.

Les problèmes d’embouteillage pourraient disparaître avec d’une part un gain de temps appréciable pour tous, mais surtout un choc bénéfique sur le prix du foncier. Si il est désormais possible de mettre 20 minutes pour se rendre à la Défense au lieu de 1h30 avec les bouchons, il est fort probable que la géographie des prix immobiliers s’en trouve fortement modifiée et devienne plus homogène. Et que dire de ces millions de m² de places de parking qui vont se libérer pour laisser la place à des espaces verts ou à des programmes immobiliers pour permettre la densification urbaine avec une qualité de vie bien meilleure pour tous ? La fin de l’ère de la bagnole est proche et va laisser la place à un espace urbain bien plus sain.

 

Même chose dans le tourisme avec le ralentissement annoncé de la bétonnisation.

La période des 30 glorieuses a été marquée par l’avènement de la bétonnisation à outrance de nos espaces naturels, de notre littoral, de nos montagnes. Ceci a fortement dégradé notre environnement.Mais aujourd’hui on agit différemment : on loue , on échange, on prête sa maison aux vacanciers plutôt que de la laisser vide.On met à disposition sa chambre d’amis ou la chambre des enfants qui sont partis en vacances ou faire leurs études. Le marché va se transformer progressivement d’un marché de construction, en un marché de rénovation et d’amélioration de l’habitat en le rendant plus efficace, plus économe, plus respectueux de l’environnement. Encore une bonne nouvelle pour les entreprises qui pourront faire valoir une valeur ajoutée plus forte au travers de solutions innovantes.

Alors continuons à partager sans retenue et préparons nous à un avenir meilleur, plus convivial et plus sain !

 

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